Souscription : kézako ?

Je profite du lancement de notre toute nouvelle souscription pour vous causer un peu de cette étrange pratique, pourtant si courante chez les micro et petits éditeurs.

Ouvrir une souscription pour un titre à paraître consiste à inciter les lecteurs à commander l’ouvrage avant sa sortie, en échange d’un avantage défini à l’avance.
L’avantage en question peut être une réduction sur le prix de l’ouvrage ou sur les frais de port, une dédicace de l’auteur ou de l’illustrateur, un cadeau, un massage par une éditrice nue dans les fantasmes de certains, une offre promotionnelle sur une partie du catalogue déjà paru, un envoi en avant-première… bref, selon l’imagination et les possibilités de chacun.

Et pour l’éditeur, quel intérêt ?

NB : ne pas confondre la souscription lancée par un éditeur à compte d’éditeur avec certaines pratiques de compte d’auteur consistant à obliger plus ou moins franchement l’auteur à vendre lui-même (après l’avoir acheté, donc) une partie du stock, ou à subordonner la parution d’un ouvrage à l’obtention par son auteur d’un certain nombre de souscriptions. Dans le cas qui nous préoccupe, l’ouvrage paraîtra quoi qu’il arrive et l’auteur n’a aucune obligation d’en acheter le moindre exemplaire.

Le premier avantage, le plus évident et sans doute le plus important, est de faire rentrer des sous le plus tôt possible. Nathalie Dau l’ayant fort bien expliqué il y a quelques mois sur le forum d’Argemmios en réponse à une interrogation du type « souscrire vs acheter dans les salons », je vous laisse lire ses propos directement là-bas (nos chiffres sont assez semblables aux siens).
J’apporterai juste une précision sur la partie concernant la vente via les libraires : non seulement le pourcentage prélevé par le groupe libraire-diffuseur-distributeur est élevé, mais le délai de paiement est énorme. C’est le distributeur qui paye l’éditeur, dans ce mode de fonctionnement, et classiquement, le délai est de 90 jours fin de mois, à partir du moment où la facture est émise. J’en reparlerai dans un autre article donc je ne vais pas entrer maintenant dans les détails, mais sachez qu’un livre griffé vendu en librairie le 1er janvier nous est payé au plus tôt le 31 mai 30 avril. Vous comprenez maintenant combien le côté « rentrée d’argent immédiate » de la souscription peut être important, voire carrément salvateur.

Autre avantage, un peu moins universel cependant : la souscription, si elle est lancée et close plus en amont de la parution de l’ouvrage, va permettre à l’éditeur d’ajuster au mieux le premier tirage. Je vous avais parlé des coûts d’impression dans un billet sur le blog des micro-éditeurs : il est financièrement beaucoup plus intéressant d’imprimer 1 x 300 que 1 x 200 + 1 x 100, pour des raisons de coûts fixes, frais de transport, etc.
À son échelle, si le micro-éditeur sur- ou sous-estime de beaucoup les ventes directes de ses ouvrages, cela va lui coûter cher. Dans le premier cas, les invendus lui resteront sans doute sur les bras ; dans le deuxième, il devra réimprimer très vite, d’où une perte par rapport à une première impression mieux ajustée.
Chez Griffe d’Encre, nous n’avons que rarement rencontré ce problème, la part de notre CA due aux ventes directes étant dans la plupart des cas assez faible.

Troisième avantage : faire parler du livre avant sa sortie, et sans bourse délier. L’envoi de SP participe à cette communication pré-parution si les chroniques tombent rapidement, mais cela représente un coût non négligeable (frais de port + prix de revient du livre). On peut bien entendu balancer des communiqués signalant que tel ouvrage va paraître à telle date, mais c’est plus intéressant s’il y a du concret. Une souscription, c’est du concret. Cela veut dire que le livre est quasiment prêt. Les gens peuvent le commander et, chez Griffe d’Encre, cela signifie également qu’ils peuvent en lire un extrait en ligne. Ça commence à sentir bon le papier chaud 🙂

Quatrième avantage, et je finirai là-dessus : la fidélisation d’une certaine clientèle. Les habitués de la première heure apprécient de se faire « chouchouter », les collectionneurs collectionnent (fou, non ?) les bonus (ce qui a occasionné quelques plaintes la fois où nous avons remplacé notre traditionnelle carte de souscription par un rabais ^^).
À vrai dire, à l’échelle de Griffe d’Encre, ce n’est pas forcément un avantage. Je parlerais plutôt de plaisir. Pour vous donner un ordre d’idées, cela fait déjà un bout de temps que lorsque nous dépassons les 10 souscriptions pour un ouvrage, nous sommes très contents (pour un premier tirage habituellement de l’ordre de 300 exemplaires, un peu moins ces temps-ci). On peut donc dire que la fidélisation n’est pas très réussie d’un point de vue quantitatif.
Mais du coup, on les connaît tous, nos fidèles souscripteurs. D’où la notion de plaisir que j’évoquais à l’instant. Clairement, à certaines périodes un peu noires, notre but en lançant une souscription n’est pas tant de profiter de l’un des 3 avantages cités précédemment que de faire plaisir à ces quelques personnes pour les remercier de leur soutien.
D’ailleurs, lorsque je prépare leur enveloppe, que je glisse le bonus dedans, éventuellement une surprise supplémentaire et que je vais à la Poste, je ne suis pas tout à fait dans le même état d’esprit que pour d’autres types d’envoi.
Et je ne pense pas être la seule dans ce cas 🙂

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A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
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15 commentaires pour Souscription : kézako ?

  1. Menolly dit :

    On me signale dans l’oreillette que le paiement de notre distributeur actuel s’effectue théoriquement à 90 jours fin de mois à partir du mois de vente et non de la date de facturation (un problème de chèque perdu ayant entraîné un délai supplémentaire de paiement étant à l’origine de ma confusion). J’ai donc corrigé. Merci, Mag 🙂

  2. Khéops dit :

    Pour l’anthologie « Proverbes 1 », combien de souscriptions avez-vous eues ? Et combien de livres vendus en tout ?

  3. Menolly dit :

    24 souscriptions pour « Proverbes I », ce qui était un très bon score pour nous. Pour les ventes à l’heure actuelle, aucune idée (je ne m’occupe ni des anthologies ni de la compta), je sais juste que fin décembre 2010 on était à 64 (pour une sortie le 12/12).

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