Demain la grenouille

Nathalie Dau vous avait parlé écurie sur le blog des micro-éditeurs.

Je vais rebondir sur ce thème pour vous parler des batraciens les plus célèbres du milieu SF, j’ai cité les grenouilles de CoCyclics.

CoCyclics, qu’est-ce que c’est ?

Une initiative unique à ma connaissance. Un collectif de bêta-lecteurs, tous bénévoles, qui se donnent comme mission d’aider les auteurs à améliorer leurs textes SF (au sens large, c-à-d Imaginaire). Leur action est fondée sur l’échange et la réciprocité (il faut bêta-lire pour être bêta-lu), le respect (pas de moqueries ou de remarques blessantes) et la lucidité (pas de flagornerie ou de caresse de l’ego dans le sens du poil).

CoCyclics tient un forum appelé « La mare aux nénuphars » dont les membres sont des grenouilles (logique) carburant au nénuphou (boisson étrange mais addictive), dans lequel on peut faire bêta-lire sa nouvelle ou des extraits de son roman. Le collectif offre également un service plus poussé pour les romans et novellas en leur faisant parcourir un cycle de lectures / corrections, jusqu’à l’attribution de la fameuse estampille CoCyclics.

C’est une aide précieuse pour l’auteur, bien entendu, mais aussi pour l’éditeur : quand ce dernier reçoit un texte estampillé CoCyclics, d’une part la qualité est le plus souvent supérieure à la moyenne, et d’autre part il est assuré d’avoir affaire à un auteur qui ne rechigne pas à corriger son oeuvre – ce qui n’est pas une qualité universellement répandue.

Aussi, depuis sa création, CoCyclics a établi des partenariats avec un certain nombre de maisons d’édition – le plus courant étant l’engagement de l’éditeur à lire en priorité les manuscrits estampillés CoCyclics. Et le nombre de romans, novellas ou nouvelles CoCyclics publiés ne cesse d’augmenter, montrant par là-même la qualité du travail abattu par les grenouilles.

Pour plus de renseignements à propos de CoCyclics, n’hésitez pas à vous rendre sur son site et à lire l’interview par fantasy.fr de Paul Beorn, l’un des permanents (et auteur de La Pucelle de Diable-Vert, chez Mnémos, que je vous recommande chaudement au passage).

D’accord pour les grenouilles. Mais c’est quoi cette histoire de grenouilles et d’écurie ?

Eh bien, comme beaucoup d’éditeurs, je me suis constitué une écurie d’auteurs. Bien malgré moi. La collection Novella de Griffe d’Encre – comme les autres collections, d’ailleurs – a pour but principal de découvrir de jeunes auteurs. Mais les jeunes auteurs, quand ils sont satisfaits de la façon dont s’est déroulée la publication de leur premier livre, ils reviennent, figurez-vous. Et même s’il m’arrive de refuser des textes d’un auteur que j’ai déjà publié, le plus souvent, je les accepte, tout simplement parce que j’aime l’univers, le style, la patte de cet auteur-là.

L’évolution du catalogue des novellas est une preuve flagrante de la place que cette écurie a prise au fil du temps.
Petit récapitulatif :

2007
3 novellas :

  • 2 premiers textes en solo sur 3, dont 1 premier texte tout court (c-à-d auteur jamais publié nulle part, y compris pour des nouvelles).
  • 3 auteurs jamais encore publiés chez GdE sur 3.

2008
5 novellas :

  • 5 premiers textes en solo sur 5.
  • 2 auteurs jamais encore publiés chez GdE sur 5.

2009
5 novellas :

  • 1 premier texte en solo sur 5.
  • 1 auteur jamais encore publié chez GdE sur 5.

2010
3 novellas :

  • 1 premier texte en solo sur 3
  • 0 auteur jamais encore publié chez GdE sur 3.

2011
Seulement 2 novellas en 2011, cela repartira en 2012 :

  • 0 premiers livres solo sur 2.
  • 0 auteur jamais encore publié chez GdE sur 2.

2012 et 2013, prévisions
L’ordre n’est pas défini, mais sur les 7 novellas déjà acceptées que j’avais en stock il y a encore peu de temps :

  • 0 premier livre en solo.
  • 0 auteur jamais encore publié chez GdE.

Et j’ai encore 3 textes en attente de lecture / décision en provenance d’auteurs griffés.

La progression est nette. L’écurie s’est constituée, sans que je l’aie vue venir.

Pourquoi ? Comment ? Eh bien, j’ai reçu beaucoup de bons textes, les auteurs reviennent,  personne ne rajeunit, et comme j’ai rempli mon planning assez vite et que j’étais débordée, j’ai fermé la collection novella il y a déjà un temps certain. Je n’avais plus le temps de lire les manuscrits, encore moins celui de répondre, et sélectionner un texte pour le publier 5 ans après, on l’a déjà fait mais on évite quand même en général.
J’ai cependant laissé passer quelques manuscrits, notamment ceux de mes auteurs, en leur précisant bien que je ne promettais absolument rien pour ce qui était du délai de réponse. Mais parmi ces manuscrits, j’en ai quand même lu et accepté (refusé, aussi) certains, ce qui a rempli encore plus mon planning. Copinage ? Yep. Encore que ce ne soient pas mes copains, mais mes ex ^^, et que le « copinage » en question ne concerne que la lecture, en aucun cas l’acceptation.
Il y a aussi quelques auteurs inconnus qui ont disparu dans la nature alors que j’étais intéressée par leurs manuscrits. Je pleure encore quand je pense à l’un d’eux.

Bon, d’accord, tu as une écurie. Condoléances ou félicitations, ce n’est pas clair. Mais je te rappelle que tu es censée nous expliquer le rapport entre les grenouilles et l’écurie ; et pour le moment, ce n’est pas flagrant.

Eh bien, j’étais devant un dilemme depuis pas mal de temps. Soit je rouvrais la collection et je croulais sous les manuscrits, soit je ne tournais plus qu’avec mon écurie, et j’oubliais la partie découverte de jeunes talents. Aucune des deux solutions ne me convenait.

Et puis j’ai eu l’idée de faire appel aux grenouilles, pour un partenariat exclusif. La collection Novella s’est donc rouverte aux auteurs non griffés en octobre dernier, mais seulement pour les manuscrits estampillés CoCyclics. Cela m’assure de recevoir des textes de qualité (qu’ils me plaisent ou non), d’auteurs fiables, et en petit nombre. Car si je ne veux pas me reposer sur l’écurie, je n’ai pas pour autant l’intention de claquer la porte au nez des auteurs griffés, bien au contraire. Tant qu’ils voudront venir chez nous et tant qu’ils me soumettront des textes que j’aime, ils seront les très bienvenus.

Compris ! Sauf… Pourquoi LA grenouille ? Pourquoi pas LES grenouilles ?

J’ai écrit le premier jet de ce billet en novembre 2010 et il s’intitulait effectivement « Demain les grenouilles ».
Mais il y a eu du nouveau depuis.
Il y a quelques semaines, j’ai accepté la novella L’Après-dieux que Maëlig Duval m’avait envoyée dans le cadre du partenariat, pour une parution entre 2012 et le premier semestre 2013 🙂

L’annonce est déjà passée sur CoCyclics et sur le forum griffé, mais comme le contrat vient d’être finalisé, il me semble que c’est le moment idéal pour publier cet article un chouia remanié.

Les prévisions 2012 et 2013 deviennent donc :
sur 7->8 novellas acceptées

  • 0->1 premier livre en solo.
  • 0->1 auteur jamais encore publié chez GdE.

Une grenouille est entrée dans l’écurie !

Tournée de nénuphou

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A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
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10 commentaires pour Demain la grenouille

  1. NB dit :

    Moi, je dis : BRAVO !

  2. Ereneril dit :

    Félicitations (tant à Maelig qu’à GDE)

    Sinon c’est amusant mais ce sont aussi les grenouilles qui commencent à commenter ce billet.
    GDE est un beau nénuphar visiblement 🙂

  3. Oph dit :

    C’est un peu triste, quand même.
    Dans la mesure où un nombre croissant d’éditeurs est de même en situation de « nous ne prenons pas les manuscrits sauf via notre partenariat avec CoCyclics », ça fait de facto de l’association (car c’en est désormais une) un passage obligé ou presque pour les jeunes auteurs désireux de trouver un éditeur.
    Pour lesdits éditeurs, c’est moins d’heures à ramer dans les manuscrits brouillons, donc c’est génial. Pour les grenouilles, ça augmente la visibilité du manuscrit puisque le volume reçu est réduit, donc c’est génial. En revanche, pour ceux qui souhaitent garder leur indépendance vis-à-vis de ce type de structure sans pour autant négliger le travail sur leurs textes (rappelons qu’on peut trouver des bêta-lecteurs hors de CoCyclics), ça ferme pratiquement toutes les portes.

    On me dira : « Tu as choisi de te passer des services de la mare, assume. »
    Et c’est ce que je fais. J’arrive même à placer des textes, donc aucune raison de me plaindre.
    Mais comme j’ai un sale vilain caractère et que je n’aime pas les situations de monopole, il fallait que je râle un coup.

  4. Menolly dit :

    Une situation de monopole serait effectivement malsaine. Cependant, dans le cas dont je parle ici, l’alternative était soit de donner une chance aux nouveaux auteurs passant par CoCyclics, soit de n’en donner à aucun nouvel auteur. Sans ce partenariat, la collection serait restée fermée, tout simplement, pour tout le monde. Cela n’a rien enlevé aux auteurs non estampillés. Le jour où je n’aurai plus que 2 ou 3 novellas d’avance, je rouvrirai la collection à l’univers tout entier.
    Y a-t-il vraiment de plus en plus de partenariats exclusifs entre CoCy et d’autres éditeurs ? Tu me l’apprends, je croyais que tous les autres partenariats portaient sur le fait de lire en priorité les manuscrits estampillés et d’argumenter les refus.

    Mais je te rejoins complètement sur le fait qu’un filtre unique en amont de tous les éditeurs serait quelque chose de catastrophique, ne serait-ce qu’en terme de diversité.

  5. Oph dit :

    De sûr, il y a au moins Mille Saisons dont les soumissions sont fermées depuis des lustres sauf pour CoCyclics.
    On ne compte pas Bragelonne, dont le partenariat consiste, de l’avis d’un Affreux avec lequel je tombe d’accord pour le coup, à faire passer la probabilité d’édition de zéro à zéro… Mais sur le papier, c’est pareil pour eux : manuscrits acceptés uniquement via CoCyclics.
    Je suis sûre qu’en cherchant, j’en trouve d’autres.

    « Le jour où je n’aurai plus que 2 ou 3 novellas d’avance, je rouvrirai la collection à l’univers tout entier. »
    Est-ce que ça arrivera un jour ? Je ne doute pas qu’il y aura toujours, entre les manuscrits de tes auteurs maison et ceux reçus de CoCyclics, assez de textes de qualité pour garder deux ans d’avance sur la collection.
    Ce qui est bon pour toi et pour Griffe d’Encre, soit dit en passant.

    Heureusement que je n’écris pas de novellas.

  6. NB dit :

    La mise en avant de CoCyclics par les éditeurs partenaires, c’est avant tout un message pour les auteurs : relisez-vous et faites-vous relire !

    Pour des auteurs comme toi, Oph, qui ont compris ce principe, des portes s’ouvriront toujours parce que la qualité des manuscrits sera là.
    Mais pour les centaines (milliers ?) de jeunes auteurs qui envoient leur manuscrit quasiment tel quel aux éditeur, c’est un message important.

    Bien sûr que tous les romans ne doivent pas passer par le cycle CoCyclics ! Ce n’est souhaitable pour personne ! Maintenant, si le travail qui est fait par le collectif permet d’ouvrir des portes qui resteraient fermées… c’est déjà pas mal.

  7. Menolly dit :

    Oph > « Je ne doute pas qu’il y aura toujours, entre les manuscrits de tes auteurs maison et ceux reçus de CoCyclics, assez de textes de qualité pour garder deux ans d’avance sur la collection. »
    Moi j’en doute fortement (et tant mieux). Pour le moment, depuis 6 mois que le partenariat est lancé, j’ai reçu une seule novella. Il se trouve que je l’ai acceptée, mais ce ne sera sûrement pas le cas de toutes.
    Donc franchement, il y a de la marge.
    D’autant que dans les années « normales », 2 ans d’avance sur la collection, ça représente une bonne dizaine de novellas.

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