Échec commercial retentissant ?

Je n’ai pu m’empêcher de lever la moitié de mes sourcils en lisant la chronique d’Oph à propos de Blaguàparts, recueil de Don Lorenjy paru chez GdE en mars 2010.

Oph – que je remercie au passage pour son avis, d’autant qu’il est très positif – y indique qu’elle publie cette chronique aujourd’hui parce que, contrairement à ce qu’elle aurait pu croire, ce livre s’est « très mal vendu ». Et elle parle, à la fin de son billet, d’un « échec commercial retentissant ».

Faut pas exagérer.

Oui, clairement, Blaguàparts ne s’est pas – encore – vendu aussi bien qu’on aurait pu l’espérer. Plusieurs raisons à cela, et entre autres parmi les explications objectives : la période, qui est assez critique pour les maisons d’édition indépendantes en général ; et pour Griffe d’Encre en particulier, des problèmes avec notre distributeur de l’époque (nous en avons changé fin 2010) qui avaient en outre un fort retentissement en amont sur la diffusion de nos ouvrages (difficile de promouvoir nos livres auprès des libraires quand on sait que la distribution ne suivra pas ; ils se font avoir une fois, pas deux).
De plus, Blaguàparts est un recueil de nouvelles et, à ce titre, il était peu probable qu’il se vende aussi bien qu’un roman du même auteur. C’est à garder à l’esprit quand on publie un recueil ou une anthologie : les nouvelles sont  plus difficiles à caser.

Mais.

Mais les chiffres des ventes au 31 décembre 2010 plaçaient Blaguàparts en 4e position sur 9 recueils (à l’époque). Avec une sortie seulement 9 mois plus tôt, et alors que la plupart des autres recueils étaient bien plus anciens (échelonnés entre mai 2007 et novembre 2010) et avaient, pour bon nombre d’entre eux, bénéficié à l’époque de leur parution d’une période plus propice aux affaires.
Blaguàparts était également, au 31 décembre 2010, la 3e meilleure vente (sur 10) des livres parus en 2010 et la 5e (sur 36) meilleure vente 2010 si l’on considérait l’ensemble de nos ouvrages (chiffre à prendre pour ce qu’il vaut, je le précise avant qu’on m’en fasse la remarque : il est normal qu’un livre paru en 2007 ne se vende plus énormément en 2010).

Donc « livre très mal vendu », pas vraiment.
« Échec commercial retentissant », encore moins.
(Je rappelle que nous sommes un micro-éditeur, dont le premier tirage habituel s’élève à 300 exemplaires seulement, et, partant, que l’échec commercial pour un de nos livres ou pour celui d’un moyen / gros (ou même petit) éditeur ne se mesure pas  du tout à la même aune.)

En revanche, parler d’injustice car ce livre méritait bien mieux (comme beaucoup des titres des micro-éditeurs, en fait, qui sont souvent très peu vendus alors que largement aussi bons et voire meilleurs que bien des livres qui cartonnent en tête de gondole et s’écoulent à des dizaines de milliers d’exemplaires), oui, bien sûr que oui.

Concrètement :

Blaguàparts, sortie le 21 mars 2010.

Tirage à 300 exemplaires (premier tirage habituel chez GdE).
Ventes au 31 décembre 2010 : 165 exemplaires.

Question à ceux qui n’étaient pas au courant : vous attendiez-vous à plus ou moins ?

Publicités

A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
Cet article, publié dans Chez Griffe d'Encre, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour Échec commercial retentissant ?

  1. tomgeha dit :

    Coucou !
    Moi je trouve ce chiffre de vente tout à fait honorable !
    On sait bien que les nouvelles, c’est pas le dernier Levy… (quand je vois les chiffres de contes de villes et de fusées :-D)
    Et perso, Blaguaparts, c’est de loin ce que j’ai préféré de l’auteur ! Beau boulot !

  2. Tigger Lilly dit :

    J’aurais dit plus. Mais cela dit je ne savais pas que vous éditiez à 300 exemplaires.

    Je ne sais pas si mon exemplaire compte dans les 165 puisque je l’ai gagné via concours sur le blog de Don Lorenji, mais je suis très contente de faire partie des visiblement (trop) rares personnes qui ont lu ce recueil.

    Bonne chance pour la suite 🙂

  3. Menolly dit :

    Tigger Lilly > Non, ton exemplaire ne fait pas partie des 165 vendus (Don Lo l’avait pris sur ses exemplaires d’auteurs), pas plus que les SP dans leur ensemble.
    Au 31/12/2010 toujours, en plus de 165 ventes, il y avait 43 SP (regroupant les exemplaires de l’auteur et de l’illustrateur, ceux pour le dépôt légal et cie, et ceux envoyés aux chroniqueurs, libraires, membres de jury, etc.) qui se baladaient un peu partout.

    M’sieur Geha > Voilà, je dirais aussi que c’est un résultat tout à fait honorable à ce stade de la compétition, comme ils disent dans la boîte à temps de cerveau disponible. 😛

  4. Don Lorenjy dit :

    Il faut aussi bien différencier chiffres de ventes et nombre de lectures. Rien qu’à la bibliothèque de mon village je connais deux vieilles dames qui l’ont lu, dont une qui l’a pris deux fois (gourmande !). Ce qui porte mon score à 168 sans compter les SP… et en supposant que tous les acheteurs sont aussi lecteurs, bien sûr.
    Blague à part (je sens qu’on va la faire souvent celle-là), ce qui m’a touché c’est le retour positif de gens qui ont trouvé le recueil drôle mais pas que.
    En fait pour l’instant personne ne me l’a retourné avec élan ou dynamite. Ce qui me fait penser que l’objectif qualitatif est atteint. Pour le quantitatif, il faudrait peut-être prévoir de faire rembourser l’ouvrage par les bonnes mutuelles, un peu comme une séance d’ostéopathe (d’autant que c’est ‘achement moins cher).

  5. Lune dit :

    Idem pour le nombre de lecture, je l’ai acheté pour la médiathèque, donc tu peux en rajouter quelques-unes aux 168 😉

  6. Menolly dit :

    On va finir par se rendre compte qu’en fait ce sont des milliers de gens qui ont lu les Blaguàparts 😛
    Certes, par rapport aux 5-6 milliards de ventes pour la Bible… Joyeuses Pâques à tout le monde ^^

  7. Oph dit :

    Je plaide coupable : je n’avais pas les chiffres, juste la mine déconfite d’un auteur très déçu par les ventes.
    J’en ai tiré des conclusions hâtives. J’irai donc me faire fouetter, comme il se doit.

  8. Don Lorenjy dit :

    Oph a dit « Je plaide coupable : je n’avais pas les chiffres, juste la mine déconfite d’un auteur très déçu par les ventes.
    J’en ai tiré des conclusions hâtives. »

    Je ne crois pas que tu mérites le fouet. Les chiffres sont ce qu’ils sont, et le fait que GdE ne considère pas Blaguàparts comme un échec, retentissant ou non, donne une idée du niveau des ventes dans l’édition indépendante. Il n’en demeure pas moins que ce recueil a demandé le même travail qu’un livre vendu à 10 mille ex, de la part d’une ribambelle d’intervenants de talent, et que le chiffre des ventes, même accru du nombre des lecteurs, ne rend pas justice à ces efforts.
    J’en tire une double conclusion, pas hâtive :
    – les grands éditeurs en perdition qui accusent l’atomisation du marché pour expliquer leurs déboires se fourrent le doigt dans l’oeil, leur problème ne vient pas de là.
    – si l’on veut justifier la somme des efforts nécessaires à la production d’un livre correct par la quantité de plaisir qu’il procure, il faut chercher un autre mode de diffusion.
    A commencer peut-être par écrire moins pour écrire mieux.

  9. Oph dit :

    « – les grands éditeurs en perdition qui accusent l’atomisation du marché pour expliquer leurs déboires se fourrent le doigt dans l’oeil, leur problème ne vient pas de là. »
    Non, ils ne se fourrent pas le doigt dans l’oeil : je les soupçonne de savoir à quoi s’en tenir. Même moi, avant de lire ce message, je savais qu’un micro-éditeur qui vend à coups de centaines d’exemplaires, même en s’y mettant à dix, ne suffisait pas à expliquer dix mille ou vingt mille ventes en moins chez le « gros » d’à côté.
    C’est plutôt de la technique d’entubage de masse, à mon avis.

    « – si l’on veut justifier la somme des efforts nécessaires à la production d’un livre correct par la quantité de plaisir qu’il procure, il faut chercher un autre mode de diffusion. »
    Gné ?
    Pas d’accord : cent personnes qui prennent une grande claque avec Blaguàparts, c’est plus intéressant que cinquante mille qui vont juste occuper agréablement leur temps avec le dernier [insérez ici le nom d’un auteur à la mode].

  10. Lucile dit :

    « – si l’on veut justifier la somme des efforts nécessaires à la production d’un livre correct par la quantité de plaisir qu’il procure, il faut chercher un autre mode de diffusion. »
    et/ou inventer un « plaisiromètre de lecture »?… 😉

  11. Ping : Ce qu’on peut dire qu’on ne fera pas « Aria, Djeeb, Blaguàparts… what else ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s