Les salons sont-ils rentables ?

D’un point de vue financier, rarement (du moins hors subventions ; pour la première fois cette année nous bénéficions d’une aide de Livre au Centre – le Centre Régional du Livre pour la région Centre – pour 3 salons, j’en reparlerai probablement).

Petite précision : par « salon », j’entends tous les évènements auxquels nous participons, avec de vrais morceaux de dédicace dedans. Depuis le festival qui va drainer des dizaines de milliers de personnes pendant 4 jours jusqu’à la soirée privée organisée dans un bar.

Donc, pour en revenir à la question, non, la plupart du temps, ces salons ne sont pas rentables financièrement.  Et à quelques exceptions près, quand on parvient à rentrer dans nos frais, on est très contents.

Quels sont-ils, nos frais, justement ?

  • Les frais de déplacement (comprenant l’hébergement et les repas). Minimes quand il s’agit d’un salon sur la région parisienne, ils augmentent bien entendu avec la distance et la durée. En règle générale, on se débrouille pour faire du covoiturage ou pour prendre les billets les moins chers possibles, et on loge chez nos auteurs / illustrateurs / copains / cousins au 40e degré.  Ou on loue un gîte et on s’entasse joyeusement. Il n’empêche qu’un salon du côté de Cannes ou de Lyon, ça revient cher.
  • Le stand. Il peut être gratuit ou payant, et s’il est payant, cela peut-être proportionnel à sa taille. Nous commençons à avoir un catalogue relativement bien fourni pour un micro-éditeur et nous ne nous sommes pas encore résignés à ne pas emporter au moins 1 ou 2 exemplaires de TOUS nos bouquins en salon, malgré nos bonnes résolutions annuelles. Et il nous faut donc de la place (j’ai en projet de fabriquer des modèles réduits de nos bouquins, avec le premier chapitre, que les visiteurs pourraient feuilleter. Gros gain de place en perspective !)
  • Le pourcentage sur les ventes prélevé par les organisateurs ou le libraire, si on  passe par un libraire. Là encore, c’est optionnel. Il peut aller de 0 à 40%.

Un petit nombre de salons sont gratuits (en général il s’agit d’un salon sur une seule journée) : stand offert, pas de pourcentage, même le repas est pris en charge. C’est le cas, par exemple, du salon de Sèvres qui a lieu tous les ans en décembre.
La plupart des salons payants ne font payer que le stand ou un pourcentage. Les autres cumulent les 2, et certains poussent le vice jusqu’à faire également payer l’entrée aux visiteurs, et quand je dis « payer l’entrée », c’est vraiment payer quand on entre (un visiteur entre 2 fois dans la journée, il paye 2 fois. Sympa).

Bon, voilà pour les frais principaux.

Mais il n’y a pas que l’argent dans la vie.

  • Un salon, c’est surtout beaucoup, énormément de fatigue. On ne dirait pas, comme ça, mais rester des jours sans bouger derrière un stand, en essayant d’être disponible et aimable sans pour autant avoir l’air prêt à sauter sur les gens qui oseraient vous regarder en face, souvent dans une chaleur à crever ou un froid glacial (c’est toujours l’un ou l’autre), un bruit de fond envahissant, passer parfois 1h à discuter avec quelqu’un qui repartira sans rien acheter (mais bon, si la personne est sympa, c’est pas le plus grave), se coltiner un certain nombre de psychopathes, discuter, et c’est ça le pire, avec quelqu’un de subtilement (ou pas) insultant mais qui achète… + le trajet, + les cartons à trimballer, à défaire, à refaire, le stock à compter, la caisse à tenir sans se planter, et ne parlons pas du travail de préparation en amont… Bref, un salon, c’est crevant.
  • C’est autant de temps qu’on ne passe pas à « bosser », comprenez à travailler sur les prochains livres.
  • Et c’est autant de temps qu’on ne passe pas avec sa famille, bien souvent, et qu’on devra rattraper les prochains jours alors que justement on a pris du retard dans son boulot et qu’on est crevés, KO, lessivés, finis, et qu’on voudrait juste qu’on nous laisse mourir tranquille fiche un peu la paix.
  • En prime, il n’est pas rare qu’on en revienne malade.

Bref, 3 jours de salon, c’est beaucoup de « boulot » et de temps et de fatigue à rattraper.

Alors, si en plus ce n’est presque jamais rentable financièrement, pourquoi diantre fait-on des salons ?

  • Parce qu’on est bêtes et masos. 😛
  • Parce que c’est quand même sympa de passer du temps ensemble, et avec nos auteurs / illustrateurs.
  • Parce qu’on fait de chouettes rencontres.
  • Parce que cela nous permet de rencontrer IRL des gens connus sur les forums et autres listes de discussion.
  • Parce qu’on noue des contacts utiles (lecteurs, libraires, chroniqueurs, etc.) et qu’on acquiert de la visibilité.
  • Parce que c’est pratiquement la seule occasion de papoter entre confrères, ou de se faire une bataille de boulettes de papier.
  • Parce que quand c’est mort et qu’on ne vend pas, c’est là qu’on rigole le plus et qu’un des grands principes de l’existence, c’est qu’on ne crache jamais sur une occasion de rigoler (pas plus que sur une bataille de boulettes de papier).
  • Parce que quand ça vend, on ne rigole pas, pas le temps, mais on voit nos bouquins dans les mains des gens, alors que quand ça passe par la boutique ou un libraire, c’est plus abstrait, c’est juste un chiffre. Là on voit des gens, des vrais, qui bougent et qui parlent, choisir un de nos bouquins, parfois aiguillés par nos conseils, et on a la satisfaction d’avoir bien défendu ce livre, de lui avoir trouvé un lecteur.
  • Parce que d’une année sur l’autre on voit des gens qui reviennent, qui ont aimé les livres qu’ils ont achetés l’année d’avant, qui nous le disent et qui font le plein de nouveautés, qui nous demandent si Untel a écrit autre chose.
  • Parce que, aussi, on en revient avec des projets nouveaux. Certains ne verront jamais le jour, mais d’autres si, et sans ce salon en particulier, ils n’auraient pas existé, ou pas comme ça. Ce fut le cas pour Présumé coupable, par exemple, et j’espère que l’idée lancée lors de l’un des derniers salons 2010 aboutira également (Hélène, si tu lis ceci… ^^).

C’est pour toutes ces raisons aussi (et j’ai dû en oublier) que j’aime les salons 😉

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A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
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3 commentaires pour Les salons sont-ils rentables ?

  1. Ping : Imaginales en approche – phase 1 | Griffe d'Encre – Le blog

  2. Dame Elodie dit :

    Superbe article. Qui donne envie. Qui motive les acheteurs, passionnés de lecture, chroniqueurs, et futurs diffuseurs de la culture tels que moi.
    Un beau métier, une force que vous nous transmettez avec émotion. Vive le blog !

  3. Ping : L’éditeur, ce glouton ? | Griffe d'Encre – Le blog

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