L’éditeur, ce glouton ?

En attendant de récupérer quelques neurones fonctionnels (la perte de cerveau étant un effet secondaire classique des Imaginales, chez moi), je vous propose un article, déjà un peu ancien mais toujours d’actualité, au sujet de la part réservée à l’éditeur sur le prix public d’un livre. De façon plus générale, la question pourrait être : qui gagne quoi quand un livre est vendu ?
NB : j’entends par « livre » le livre papier, le numérique étant un tout autre (et bien pire) bordel dont nous parlerons un autre jour.

On trouve un peu partout de ces graphiques retraçant la répartition de la galette entre les différents acteurs de la chaîne du livre.
Tenez, je vous en mets un que j’ai trouvé sur le blog d’un webmagazine pour auteurs, qui lui-même l’avait piqué dans un dossier paru dans Le Monde en septembre de l’année dernière.

C’est joli, même si ça manque d’accents sur les majuscules.

Y a tout plein de variantes, en camembert, en barres, etc, mais globalement elles se ressemblent toutes. En général, elles ont pour but de montrer que tel acteur (diffuseur, distributeur, éditeur, libraire, au choix) s’en met plein les poches, au détriment de l’auteur. Et en terme de gloutonnerie, si on lit les 2 notes qui accompagnent le graphique ci-dessus, l’éditeur en prend un peu pour son grade.

À l’échelle du micro-éditeur au moins (pour les autres, je l’ignore mais pour le petit  ou moyen, j’imagine qu’il en est sensiblement de même), la réalité est beaucoup plus complexe et variable d’une maison à l’autre ; d’un livre à l’autre aussi, bien entendu, mais  en ce qui concerne ce point-là, Laurel et Hardy sont logés à la même enseigne.

Déjà, nous sommes pour la plupart bénévoles, avec un boulot à côté (ou un conjoint compréhensif). Donc la part qui revient à l’éditeur, si part il y a, est réinjectée aussitôt dans la promo, le prochain bouquin, etc. Ou sert à éponger le déficit d’un bouquin précédent.

Pour être tout  à fait honnête sur notre train de vie, on s’est payés, une fois, chez GdE. Pour 3 ans de boulot, on s’est répartis un peu moins de 4000€ bruts entre les 4 directeurs de collection. Et on n’a plus jamais recommencé, car ces 4000€, accompagnés d’un certain nombre de petits frères, ont dû bien vite repartir de nos poches pour alimenter la trésorerie de la boîte.

Mais revenons à la répartition : eh bien, elle n’est pas très facile à calculer, mis à part la TVA qui est de 5,5% pour tout le monde.

Pour un même ouvrage, selon sa taille, son tirage, selon qu’il n’aura été imprimé qu’une ou quatre fois, déjà, la part de l’imprimeur varie grandement (et je ne parle même pas d’un imprimeur à l’autre). Cf. le billet sur l’impression numérique.
En tout cas je peux vous certifier une chose : c’est que, chez nous, pour un bouquin vendu 20€, la part de l’imprimeur est plus du double de celle annoncée sur ce joli graphique.

Ensuite, le graphique traditionnel omet la part de l’illustrateur, qui n’est en général pas un pourcentage mais un forfait ; si on l’exprime en pourcentage, elle varie en fonction du nombre d’ouvrages vendus. Certes, quelques centaines d’euros sur un ouvrage tiré – et vendu, surtout – à des dizaines de milliers d’exemplaires, c’est que dalle. Sur un ouvrage qui va se vendre à quelques centaines d’exemplaires au mieux, c’est loin d’être négligeable.

À part la TVA, un seul pourcentage est vraiment connu, c’est celui que nos auteurs touchent. Il varie, selon le nombre d’exemplaires vendus, de 7% à 10%. Sauf pour les anthologies, dont les auteurs touchent un forfait. Et il y a encore un cas à part, mais qui ne concerne pour le moment qu’un livre, donc je passe sinon on y est encore à la Saint Glinglin.

La part libraire, chez nous, varie de 30 à 40% environ, hors salon. En salon, c’est de 0 à 35% en général.

Nous avons commencé en auto-diffusion et auto-distribution. Puis nous avons eu un distributeur sur la région parisienne seulement, puis un distributeur national, puis en même temps un diffuseur sur la région parisienne qui a fermé boutique quelques mois plus tard, et nous avons changé de distributeur en octobre dernier, avec bien entendu d’autres conditions, ainsi que d’imprimeur (donc changement de tarifs).  Et nous sommes bien partis pour avoir d’ici peu un nouveau diffuseur sur la région parisienne (tout en restant en auto-diffusion pour la province).
Tout cela pour dire que notre marge a énormément varié au fil du temps et de nos livres.

Ensuite, à notre échelle, nous faisons beaucoup de salons et de festivals. Certains livres se vendent essentiellement à ces occasions, d’autres au contraire ne « marchent » qu’en librairie.

Entre un livre vendu en librairie via un diffuseur et un distributeur (quand nous en avons), et un livre vendu sur un salon local qui ne nous fait pas payer le stand ni ne nous prend de pourcentage, la différence de marge est de quasi 56%. Et il y a bien sûr tous les intermédiaires : pas de diffuseur, salon avec stand payant et / ou pourcentage retenu sur les ventes, libraire avec qui l’on traite en direct, ventes sur la boutique avec frais de port offerts pendant les souscriptions

Alors, allez donc faire une moyenne avec ça. Et si vous y arrivez, félicitations, mais nouveau défi : allez donc faire une moyenne qui signifie quelque chose avec ça.

Et je ne vous parle même pas des retours, parfois conséquents et qui viennent chambouler les calculs… Une année, suite à une opération qui devait être une chance et qui s’est révélée calamiteuse, nous avons reçu plus de 2000 livres en retour… alors que nous avions déjà payé les droits d’auteur sur ces « ventes ».

On ne peut pas vous présenter un beau graphique avec la part qui revient à l’éditeur nettement définie quand les ventes de certains de nos ouvrages ne nous ont toujours pas permis, 2 ou 3 ans après leur sortie (ce qui veut dire, sauf miracle, qu’ils ne nous le permettront jamais), de rentrer dans nos frais de base (impression + droits d’auteur + forfait de l’illustrateur).

Ce que je peux essayer de faire, c’est une étude de quelques cas précis. Attention, ce sont les cas qui sont précis, pas l’étude ^^.

Chaque exemple ferait (notez le conditionnel) l’objet d’un billet séparé, à venir dans les prochains siècles. Dans l’idéal, il y en aurait (toujours au conditionnel) 3, correspondant à 3 niveaux de succès (ou d’échec) : « best-seller », « correct » et « bide ». Le tout de façon anonyme, bien entendu.

À suivre, au conditionnel, donc. 🙂

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A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
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2 commentaires pour L’éditeur, ce glouton ?

  1. Lulu dit :

    Le best-seller outre-atlantique de l’Américain Adam Mansbach a semble-t-il été publié dans une petite maison d’édition américaine avant de rencontrer le succès. Comme quoi, tout est possible!

  2. Ping : Pourquoi le livre coûte-t-il cher ? « Entre les pages

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