Interview d’un libraire : Loïc Nicolas, Librairie Mollat (Bordeaux)

NdÉ : sous la houlette de la Grifouille, promue pour l’occasion au rang de grand reporter, nous ouvrons une nouvelle rubrique, « Interviews », qui donnera la parole à nos lecteurs, libraires, bibliothécaires et autres griffés de plus ou moins longue date.

Pour ouvrir le bal, je vous propose de nous rendre à Bordeaux, et plus précisément dans la librairie Mollat où officie un très très vieux griffé. J’entends par là non pas qu’il est âgé mais qu’il a soutenu Griffe d’Encre dès le tout début, bien avant la sortie du premier ouvrage, et même bien avant ma naissance

Bonjour, bipède libraire. Ton métier, pour toi, c’est quoi ?

C’est très bateau, mais tout simplement le moyen d’allier le nécessaire (gagner sa vie) à l’indispensable (lire).
Plus précisément, j’essaie de faire en sorte que chaque client sorte de mon rayon avec le livre qui lui convient.
Je fais mon possible pour extraire du magma de la surproduction éditoriale les bons livres, en mettant en avant des auteurs, des maisons d’édition, mes coups de cœur.

Comment ça t’est venu ?

Par hasard ! Quand on a une Licence de Lettres Modernes et pas envie d’être enseignant, et besoin d’un diplôme ouvrant assez rapidement les portes du marché du travail, un IUT est une solution alléchante. J’avais échoué deux fois à l’entrée de celui de journalisme ; par esprit de revanche je suppose, j’ai essayé celui des Métiers du Livre, qui proposait en outre de passer le DUT en un an seulement. J’ai réussi le concours d’entrée, puis j’ai eu mon examen final et ensuite un an après un ami de promotion qui m’y avait précédé m’a appelé pour me dire que la librairie Mollat cherchait un libraire de plus pour son rayon informatique.
Je n’ai pas eu de vocation : c’est en pratiquant mon métier que j’ai appris à l’aimer.

L’imaginaire et toi ?

Un livre doit m’émerveiller, me parler de la marche du monde actuel et de moi, me faire contempler la richesse et la complexité de l’être humain, me faire rêver, m’étonner, me bouleverser, me raconter des histoires, me distraire. Tout ça n’est pas spécifique à la SF, au Fantastique ou à la Fantasy. Mais à 13/14 ans, j’ai lu Le Seigneur des Anneaux, et j’ai ressenti tout ça à la fois. Puis Fondation, Dune. Ces œuvres m’ont profondément marqué et à force de creuser le sillon qu’elles avaient ouvert, 99 % de mes lectures sont consacrées aux littératures de l’imaginaire.

Comment as-tu connu Griffe d’Encre ?

Loïc, entre Michaël Fontayne et Karim Berrouka, au lancement de Griffe d'Encre le 29 avril 2007. Notez le T-shirt...

J’ai rencontré Magali sur le forum de Fantasy.fr, autour de David Eddings, je crois. On a fait connaissance tranquillement, elle a vite su que j’étais libraire, et moi qu’elle préparait la création d’une maison d’édition spécialisée en Imaginaire.
Grâce à Magali, j’ai donné un tout petit coup de main aux débuts de Griffe d’Encre : je voulais faire de la lecture de manuscrits, j’ai pu en faire ; j’ai pu essayer aussi la correction. Et je suis fier d’avoir été dans les tous premiers libraires à vendre leurs livres.

Parle-nous un peu de ta librairie.

Je travaille à Bordeaux, chez Mollat, la plus grande librairie indépendante de France. Pour donner une idée de sa taille, au moment où j’écris ces mots, nous avons plus de 150000 références en stock. Le magasin s’étend sur 2700 m2. Fondée en 1886, elle est devenue au fil du temps une incontournable institution culturelle de la ville, animée du dynamisme inébranlable des très vieilles dames.
La configuration des lieux donne l’impression qu’elle est constituée de l’agrégation de plusieurs petites librairies spécialisées. Niché au centre du magasin, avec le rayon BD, il y a mon rayon SFFF et ses 2000 titres, logés sur (et sous) trois grandes tables et dans presque 50 mètres de rayonnages.

Ton GdE préféré ?

La Dernière Nécropole

La Dernière Nécropole

Ahlàlà, terrible question ! J’aime beaucoup Lemashtu de Li-Cam, dans lequel elle a su marier avec harmonie beaucoup d’ambiances et de registres différents, dont l’humour, trop absent jusque là de la littérature vampirique (enfin, de ce que j’en connais).
Mais je vais plutôt choisir une Novella, justement pour rendre hommage à cette collection. Éditer des textes à mi-chemin entre la nouvelle et le roman, ça avait déjà été tenté par les éditions du Rocher par exemple, mais Griffe d’Encre l’a réussi en trouvant le bon format, le bon prix et en prenant le risque de laisser s’exprimer la verve de jeunes auteurs.

Puisque je dois m’en tenir à un titre, je choisis La Dernière Nécropole, un texte de SF plutôt Hard Science (mais avec un fond mystique étourdissant) avec lequel Gabriel Eugène Kopp se hisse au niveau d’un Greg Egan  ou d’un Ted Chiang.

À quand un salon d’Imaginaire près de Bordeaux ?

Si je ne m’occupais que du rayon SF, ce serait un défi intéressant mais je suis aussi accaparé par la BD qui me prend, en temps de lecture, à cause de la “super surproduction” du domaine, un temps considérable. L’Aquitaine n’accueille aucun festival ou salon basé sur l’Imaginaire, c’est effectivement une lacune à combler. Je ne suis pas pour l’instant candidat à ce travail de Titan.

Merci infiniment pour avoir pris le temps de répondre à mes questions, ami bipède, et à bientôt chez Mollat !

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A propos Grifouille

Mascotte de Griffe d'Encre et bombardée grand reporter pour ce blog, j'interviewe tous les bipèdes qui passent à ma portée.
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4 commentaires pour Interview d’un libraire : Loïc Nicolas, Librairie Mollat (Bordeaux)

  1. Le Moineau dit :

    « À quand un salon d’Imaginaire près de Bordeaux ? »

    Très bonne question ^_^

  2. Antoine dit :

    Très chouette, cette nouvelle rubrique ! Et Bordeaux, je suis pour aussi !

  3. Buenvenuto dit :

    ah ce loic, il a toujours eu un goût certain pour les tshirt… 🙂

  4. isaguso dit :

    « Je fais mon possible pour extraire du magma de la surproduction éditoriale les bons livres, en mettant en avant des auteurs, des maisons d’édition, mes coups de cœur. »
    Plus qu’un métier, c’est un sacerdoce !

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