5 ans après : Magali Villeneveuve

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis illustratrice professionnelle depuis près de six ans. Illustratrice, principalement, en SFFF en particulier. J’officie aussi régulièrement en tant que graphiste, mais le tronc principal de mon activité et de mon « savoir-faire » reste l’illustration.

Comment t’est venue l’envie de dessiner ?

Du jour au lendemain ! J’avais douze ans et on m’avait emmenée au cinéma pour aller voir le dernier Disney en date à l’époque, La Belle et la Bête. Une espèce de déclic s’est produit dès les premières images. Le prologue montrait la Bête l’espace de quelques secondes furtives et j’ai été très impressionnée par ce qu’il se dégageait du personnage. De retour à la maison, je me suis aussitôt attelée à recopier une image du film trouvée dans un magazine. Lorsque j’ai montré le résultat à ma famille, ça a été, il me semble, la stupeur générale. Pour quelqu’un qui ne dessinait pas vraiment, c’était pas mal ! J’ai toujours dessiné depuis, d’abord dans le but de travailler dans l’animation, à l’image de mes premiers mentors, figures de proue chez Disney. Ensuite, vers mes dix-huit ans, j’ai commencé à lire La Roue du Temps de Robert Jordan et à en illustrer les personnages et les scènes de façon quasi obsessionnelle. C’est là que j’ai découvert mon affinité particulière avec l’illustration en tant que discipline à part entière.

Quel souvenir gardes-tu de ta première collaboration avec Griffe d’Encre?

Elle est intervenue au tout début de ma carrière. J’avais envoyé des sollicitations à diverses maisons et Griffe d’Encre, alias CeZaMe à l’époque, a fait partie des premières à répondre positivement. Là où j’ai un blanc, c’est quand il s’agit de me rappeler comment, d’une candidature en qualité d’illustratrice, j’ai basculé jusqu’à faire la charte graphique… Et surtout, qu’est-ce qui avait insufflé assez de confiance aux filles pour me confier une tâche si importante. Ce que je sais, en revanche, c’est que je m’y suis attelée avec un immense enthousiasme. Je garde un excellent souvenir de cette période, de la grande émulation des débuts, des débats et échanges innombrables mais jamais prise de tête, toujours très bon enfant. Menolly et Cenedra ont su me donner une sensation d’intégration quasi instantanée à l’équipe et je les en remercie aujourd’hui, car je ne suis même pas sûre de l’avoir fait à l’époque. On s’est vraiment bien marré en plus, avec des délires fort heureusement gardés au secret du forum privé. Je n’ai que des bons souvenirs et je conserve un sentiment de grande fierté d’avoir ainsi apporté ma pierre à la construction de l’édifice Griffe d’Encre. Et je ne suis même pas payée pour dire ça. Si je l’avais été, j’aurais peut-être été encore plus dithyrambique, mais faut pas pousser quand même.

Quelle est l’histoire derrière cette identité visuelle ?

Les souvenirs les plus précis que j’ai concernent le logo. En vérité, la charte graphique a évolué assez vite, du moment que nous avions trouvé l’idée du code couleur adapté à chaque collection.

Pour le logo, en revanche, je me souviens que nous étions d’abord parties sur un graphisme dans l’esprit du dessin animé La Linea. C’était un chat assis de profil, dessiné tout d’un trait. Puis j’ai voulu montrer aux filles une idée que j’avais eue, un chat tout fait d’encre. J’ai illustré mon propos par une déclinaison du même logo en diverses couleurs (car au départ, la couleur du chat s’adaptait à celle de la collection). La proposition d’alors a pour ainsi dire été la version définitive. A ceci près, je crois, que nous avons décidé de donner à la silhouette un postérieur un peu plus rebondi ! Et aussi qu’elle avait au départ une plume plantée dans le dos. Cenedra disait que c’était dans le fondement, pour ma part j’avais précisé entre la sixième et septième vertèbre… Ce fut un débat capital. Pour arriver à la conclusion que, où que soit réellement plantée cette plume, ça devait être très douloureux, et surtout, ça ne servait à rien. Mais elle avait néanmoins une utilité : donner du sens au logo lui-même, et expliciter le fait qu’il soit constitué d’encre. Puis la plume est évidemment l’un des symboles de l’écrivain, avec la bouteille de vodka (non ? ah). Alors nous l’avons retirée (délicatement) et déplacée un peu plus loin. Finalement, nous avons eu plus de mal à agencer la police pour le nom qu’à fixer le design du logo.

Quant à l’idée première de « Linea », nous avons d’abord pensé à l’exploiter pour les mascottes intérieures, pour y renoncer ensuite. Je pense que le principe comportait des contraintes qui risquaient de limiter un peu la Grifouille dans ses mouvements et ses expressions. Et comme Menolly et Cenedra aiment bien mes crayonnés, nous sommes allées à la fois vers l’option la plus simple et aussi celle qui comportait le meilleur potentiel évolutif.

Tu as fait plusieurs couvertures pour Griffe d’Encre. Y en a-t-il une pour laquelle tu as une affection particulière?

Celle qui me vient immédiatement, c’est GiG. J’ai adoré travailler sur ce projet et pouvoir explorer le procédé totalement inédit de couverture double. J’aime quand l’objet livre ose un peu d’originalité, quand l’illustration n’est pas juste insérée sagement dans son template. La forme en miroir du texte même laissait donc libre champ à un emballage à son image : hors des sentiers battus. Ce qui m’a beaucoup plu aussi, c’est donner à l’ensemble une esthétique très épurée (il valait mieux ne pas surcharger le visuel afin de ne pas « perdre » davantage le lecteur, déjà un peu dérouté par cette couverture tête bêche). L’objet simplement posé sur fond noir, l’évocation des backstages enfumés des concerts de rock… Je me suis énormément amusée.

J’ai aussi apprécié de travailler sur le second volume des Contes Myalgiques, pour une raison un peu différente. À savoir, le sentiment sombre et désespéré qui s’en dégage. Pendant assez longtemps, je pense avoir été un peu catégorisée comme une dessinatrice de trucs un peu fifille/romantiques/édulcorés. Dans l’absolu, je n’ai pas de problème avec ça, mais le fait est que mon « univers » personnel, c’est-à-dire hors de ce que demandent les commanditaires, n’est en rien peuplé de fées ou de quoique ce soit de si gentil et pailleté. Les Contes Myalgiques sont donc arrivés à point nommé, à un moment où par ailleurs, d’autres clients ont commencé à me demander enfin des choses plus en phase avec mes aspirations : du sombre, du guerrier !

La fée du recueil a lutté, elle en porte les stigmates et semble fuir une menace imprécise. Je suis un peu comme les enfants qui chopent les papillons parce qu’ils les trouvent jolis, mais qui, poussés par quelque curiosité morbide, finissent par leur arracher les ailes. J’aime bien ce qui est joli, mais je trouve que c’est nettement plus joli quand c’est un peu destroy !

Quelle est ton actualité artistique ?

De l’illustration de livres, bien sûr, avec des maisons d’édition canadiennes principalement. Des projets très intéressants car l’on me confie des séries et tout illustrateur apprécie de pouvoir poser son empreinte sur un cycle entier plus encore qu’un one-shot.

Un peu de publicité aussi : de temps en temps, la réalisation de visuels gais et hauts en couleurs constitue une vraie respiration.

Mais le travail qui occupe la plupart de mon temps, je l’effectue pour le compte de la société américaine Fantasy Flight Games. Parmi eux, j’ai l’honneur d’officier, sous le contrôle de Middle Earth Enterprises, Lucasfilms, Games Workshop ou encore GRR Martin, sur les licences du Seigneur des Anneaux, Star Wars, Le Trône de Fer, Warhammer et l’Appel de Cthulhu.

Et moi ! Et moi ! Et moi ?

 Si je déplore de n’avoir jamais su t’inculquer les bonnes manières, toi en revanche tu m’as enseigné quelque chose : comment dessiner les chats. Avant toi, je n’en avais jamais esquissé un seul (parce que ça ne m’intéressait pas trop, je dois bien l’avouer. Et ce n’est pas la peine de te plaquer les oreilles en arrière, mademoiselle). Depuis, avec tous les livres parus, puis toutes les occasions qui auront été prétextes à un dessin spécial, j’en ai une sacrée collection ! On t’en a fait voir : on t’a mouillée, enfermée dans un cube de glace, fait fumer des joints, déguisée en chien… On t’a même jeté un soutif à la figure… Mais toujours dans le respect des Droits du Chat. Enfin je crois. Bah, après tout, si tu restes, c’est bien que ça te plaît un peu !

Magali

Si vous voulez en savoir plus sur Magali Villeneuve et son univers…

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A propos Grifouille

Mascotte de Griffe d'Encre et bombardée grand reporter pour ce blog, j'interviewe tous les bipèdes qui passent à ma portée.
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